Petite terre balkanique perdue au bout de l’Europe, l’Albanie fut longtemps entourée d’une aura de mystère pour les Occidentaux. Séparée de la Grèce par des montagnes escarpées, repliée sur elle-même durant plusieurs décennies sous l’emprise d’un étrange système politique associant marxisme rigoureux ...
Lire la suitePetite terre balkanique perdue au bout de l’Europe, l’Albanie fut longtemps entourée d’une aura de mystère pour les Occidentaux. Séparée de la Grèce par des montagnes escarpées, repliée sur elle-même durant plusieurs décennies sous l’emprise d’un étrange système politique associant marxisme rigoureux et délirant culte de la personnalité, l’Albanie ne fut pourtant pas toujours à l’écart des grands courants de civilisation. Dès la plus haute Antiquité, des navigateurs de Corfou abordaient ces rivages voisins, et des colons grecs fondaient les villes de Dyrrhachion puis d’Apollonia dont les éloquents vestiges ont été récemment exhumés par les archéologues. Le développement de l’Illyrie romaine ne négligea pas non plus l’Albanie : devenue province romaine dès l’époque de César, desservie par la via egnatia, elle connut une période de prospérité qui ne se démentit pas jusqu’à la fin de l’empire. Honorée par Virgile qui y mit en scène la rencontre d’Andromaque, d’Hélénos et d’Énée, la ville de Bouthrotos est un remarquable exemple de synthèse entre les cultures fres, grecques et romaines. Lorsque l’Empire d’Occident s’effondra, la région ressortissait de l’œkoumène byzantin et l’Albanie vit même naître trois empereurs ; cependant elle resta fidèle à l’Église romaine jusqu’au VIIIe siècle. Églises et monastères médiévaux furent donc marqués par cette double influence qui fait, par exemple, l’originalité du monastère de Sainte-Catherine. À partir du IXe siècle, l’Empire byzantin s’affaiblit et l’Albanie tomba successivement sous la domination des Bulgares, Normands, Angevins, Serbes et autres Vénitiens… Chacun de ces maîtres laissa sa marque avant que l’expansion ottomane ne vienne y imposer sa loi. C’est peut-être à ce moment, dans la résistance à l’envahisseur, symbolisée par la figure héroïque de Skanderberg qui sut galvaniser le peuple albanais, que le pays acquit réellement son caractère national. Mosaïque de l’histoire, l’Albanie a préservé un patrimoine exceptionnel et évocateur, mais les richesses que le temps a égrenées au cœur de ce pays sauront aussi vous séduire.